Du miroir au selfie est disponible

À l’heure où la technologie nous propose de multiples interfaces pour être en permanence connecté à ce qui se passe dans le monde, instaurant « un mode de perception totalement inédit », Du miroir au selfie nous invite à revenir sur l’histoire des premiers « instruments », le miroir plan et la photographie, à l’origine des médias qui peuplent notre quotidien. En leur temps, les miroirs et les daguerréotypes ont bouleversé les repères et induit un nouveau rapport à l’autre et au monde, nous préparant à la révolution que nous vivons aujourd’hui.

Michèle Bégny a le mérite de nous proposer une approche transdisciplinaire, richement documentée, tant sur le plan de l’histoire de la photographie, de ses techniques que sur le plan sociologique et psychosociologique.

Nous sommes honorés de mettre cet ouvrage, présenté en avant propos par Yves Hersant et commenté en postface par Sylvain Besson, au catalogue de notre maison d’édition.

Vous pouvez le trouver sur notre site https://www.editions-lart-dit.fr/essaie-lart et dans toutes les librairies.

N’hésitez pas, après lecture, à partager vos commentaires et avis sur ce blog.

Bien cordialement

Catherine Strumeyer

Du miroir au selfie, bientôt disponible

Nous voilà arrivés à une nouvelle étape de l’aventure : Du miroir au selfie part chez l’imprimeur et nous devrions l’avoir en main au plus tard le 10 avril. Sylvain Besson, Responsable du service Inventaire-Documentation du musée Niépce, a lu le livre et nous fait l’honneur d’un texte qui constitue une belle postface. En voici un extrait :

Du miroir au selfie resitue la pratique de la photographie au sein d’une longue tradition de mise en scène de soi, pour soi et pour les autres, et montre qu’elle n’est que l’aboutissement moderne de la préoccupation permanente de l’homme de mettre en scène sa propre image, et ce, dès la préhistoire. En faisant appel à la psychanalyse, la sémiologie, l’histoire de l’art et l’histoire des techniques, Du Miroir au selfie donne les premières clés de compréhension de la prolifération des photographies à l’ère du numérique et de l’accélération de la diffusion de l’image sur les réseaux sociaux. Alors que ces phénomènes sont encore peu étudiés, cet ouvrage ouvre de nouveaux champs de réflexions pour quiconque s’interroge sur le monde numérique qui nous entoure.

Le livre est d’ores et déjà sur le site des éditions l’Art-Dit et vous pouvez le commander dès maintenant pour profiter de frais de port réduits. Livraison prévue pour le 10 avril, environ.

prem de couv Miroir OK

Flatter et tromper : tout l’art du miroir

Solliciter la fragilité des sens, flatter l’inspiration créatrice ou rappeler que le regard est trompeur : voilà des jeux de miroir qui peuvent toucher plusieurs cibles, encore au XX° siècle. L’architecture joue souvent aujourd’hui sur l’éventail d’effets que proposent les façades miroitantes

Photo jeux de miroirs

Pour les hommes de la Renaissance, le miroir [était] le prisme de la fantaisie et le lieu idéal de toutes les jubilations et fantasmagories. L’envers de la prudence donne la toute-puissance à sa surface réfléchissante. Il devient l’emblème de la vue, avec son cortège de désordres, de passions et de vaine gloire. L’imagination que les humanistes représentent comme un miroir creux aux multiples effets déformants, sollicite la fragilité des sens mais flatte aussi l’inspiration créatrice et toutes sortes de fantasmes.

« On ne peut changer les choses, mais c’est notre regard sur les choses qu’on peut changer »

L’écriture est une aventure qui réserve des moments d’émotion. J’ai reçu ce message qui, au delà de ce qu’il me renvoie, soumet un avis sur le livre que j’ai envie de partager :

« À travers votre ouvrage, j’ai découvert avec beaucoup d’émotion, une autre Michèle, non pas une érudite, je le savais déjà, mais une passionnée, qui s’est émerveillée, non sans raison pour un tel sujet car il englobe non seulement, toutes les disciplines de la pensée, mais tous les aspects de la vie. De passer des miroirs aux selfies, on ne pouvait mieux démontrer, dans un style d’une rare limpidité que depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours, la nature humaine n’avait pas changé. C’était toujours le regard qui continuait de résonner au plus profond de l’être de sa naissance à sa mort. C’était toujours par lui que l’on passait de l’amour à la haine, pour toutes les choses de la vie, des plus banales aux plus sérieuses, des plus triviales aux plus spirituelles. C’est sûrement pour cela que le Dieu de la bible a tenu à créer l’homme à son « image ». Pour lui rappeler que pour assumer ses devoirs envers Lui, l’homme ne pouvait se passer du regard des autres, de tous ces visages qui devaient lui apparaître désormais comme plus importants que lui-même puisqu’ils étaient tous faits à l’image divine.

Cette réflexion ne peut que nous ramener à nouveau à nos miroirs qui ne sont en fait que des vitres sur lesquelles on aurait collé sur une face: une feuille d’argent.

Alors, quand on se met à sa fenêtre, on ne voit plus les gens dans la rue, on ne voit que nous-mêmes avec nos conforts, nos vanités, nos complaisances, en oubliant de se soucier des autres. C’est cela aussi que vous m’avez fait découvrir: la lucidité qu’il faut déployer pour s’avouer que notre regard bien souvent ne vibre plus. Enfin je ne pouvais terminer sans ajouter quelques mots que m’inspirent votre précieux développement sur la photographie. Il me semble qu’elle est en plus, la seule technique qui nous permet de porter jusqu’à nous « cet ineffable parfum des choses  surannées ». (…) Alors je me suis laissé interpeller par quelques mots qui m’ont fait prendre une certaine direction. Dans d’autres relectures, ce sera sans doute d’autres mots qui m’appelleront vers d’autres directions. Et ce sera tant mieux, car je sais maintenant, grâce à vous, que toutes convergeront vers une même conclusion: apprendre à regarder, donner à nos yeux chaque jour un peu plus de clarté. C’est là pour moi l’indice de la plus belle manifestation de vérité qui se dégage de votre ouvrage: celle que j’ai toujours ressentie au plus profond de moi, mais sans savoir l’exprimer.

Bonne journée à vous, très cordialement

Jean Lewkovicz

 

Invitation au mouvement

Depuis l’Antiquité le miroir place l’homme là, où, il n’est pas.

À la Renaissance le miroir n’est pas un objet reposant. Petit, sombre ou convexe, il met en mouvement l’image par opération mentale et activité du regard. Non seulement magie catoptrique, il donne à voir mais aussi à penser et à imaginer. Non seulement il clôt le lieu mais en abolit aussitôt ses limites.

photo-2-blog-grand-miroir Quoique immobile, il invite au mouvement. Par sa forme et sa position dans l’espace, l’œil doit sans cesse s’ajuster, et le point de mire se transforme en point de vue, à partir de son écran réfléchissant. N’est-ce pas là, l’annonce de la modernité du daguerréotype du XIXème siècle ?

Le miroir plat de Venise, trop précis, trop net, invite une nouvelle fois le regard à penser l’identité et l’altérité. Platon eut déjà l’idée de recourir au miroir dans le creux de sa main, le long des routes, avant Stendhal. En un seul geste se crée l’image ou le roman, « Si tu consens à le promener dans toutes les directions, tu auras vite fait de produire un soleil, avec ce qu’il y a dans le ciel ». Vertige de l’image, enchaînement infini, inépuisable, sous l’apparence lisse et glacée de sa surface ! Quelle absence s’efforce-t-elle de combler ?

Reste l’énigme non résolue…

Un long travail de patience

Nicéphore Niépce est un inventeur sans qui la photo ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui ; il a été au cœur de la recherche qui a aboutit à la rédaction du livre Du miroir au selfie.

L’ouvrage parle, entre autre, de l’invention de la photographie et des techniques , mais rien ne vaut une visite pour voir, de visu, les ancêtres de nos appareils.

Avec la première image, représentant une extrémité de sa propriété de Saint-Loup de Varennes, réalisée comme « un point de vue d’après nature » au début de l’été 1827, et intitulée Vue prise de la fenêtre, Niépce réalise un cliché à l’éclairage inédit, dû à un temps de pose entre huit et dix heures. Il obtient ce résultat avec une chambre noire professionnelle qu’il a construite lui-même, à l’aide de plaques d’étain enduit de bitume, une image positive directe mais inversée de (16,5 x 20,5 cm). Le temps d’exposition peut selon les experts atteindre les huit heures. Cette image réalisée, selon nature, est encore imparfaite et une absence de netteté liée à l’objectif du moment, produit des lignes verticales incurvées. Ce procédé, appelé héliographie, est une reproduction immédiate et directe de la lumière sur une surface sensible, avec dégradation de teintes du noir au blanc. La vue est prise d’une fenêtre dans la pure tradition des beaux-arts mais aussi, pour des raisons techniques sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Niépce ne se soucie nullement de produire un quelconque effet artistique. Sa recherche se porte surtout sur un procédé imagé, rapide et peu coûteux afin de communiquer à grande échelle.

De surcroît, sylvain Besson, responsable du service Inventaire – Documentation, qui a eu l’occasion de lire le manuscrit, nous fait l’honneur de rédiger la préface de l’ouvrage. Nous l’en remercions.

Un livre qui interroge la folie de l’image

Chère Michèle,

Du miroir au selfie n’est déjà plus un manuscrit : c’est aujourd’hui, presque un livre. Nous avons la première maquette, repartie aussi vite pour une nouvelle correction.

Nous avons reçu un texte d’Yves Hersant, que nous remercions. Ce texte sera l’avant propos de l’ouvrage. Il écrit à votre sujet :

« Armée de ces anciens savoirs, mais aussi de ses compétences en histoire de l’art et en psychanalyse, Michèle Bégny propose ici un rapprochement entre image spéculaire et image photographique. Sans minimiser les évidentes différences, elle met en lumière des correspondances ; sans se borner à inscrire daguerréotypes et calotypes dans le sillage de la camera obscura, ni à rapprocher Niepce de Brunelleschi, elle interroge la « folie de l’image » ; et assumant les risques que comporte toute sortie hors des sentiers battus, elle stimule chez le lecteur ce que les Renaissants appelaient la phantasia. »

Le livre sortira fin mars, au moment du salon du livre et nous espérons que vous aurez l’opportunité de rencontrer vos lecteurs à ce moment-là.

En attendant, nous proposons à tous ceux qui souhaitent l’acquérir dès sa publication, de l’acheter dès maintenant, en souscription avec une remise de 15%, soit 15.77 € au lieu de 19.5 € (bon de souscription à télécharger).

 

Bien à vous,

Catherine

Sauver l’instant de la perte fatal

Le mythe de l’instant décisif est-il toujours d’actualité?

J’ai été voir à la Fondation Cartier, la nouvelle exposition qui remet en lumière, 60 ans après, la parution du livre The decisive moment – traduit en français par Images à la sauvette en 1952, l’instant décisif de Henri Cartier Bresson.

Cette présentation d’une série de tirages d’époque, de documents, d’archives et de lettres permet au mythe de refaire surface car son énigme fascine toujours son lecteur.

« André Breton m’a appris à laisser l’objectif fouiller dans les gravats de l’inconscient et du hasard » confiera Henri Cartier-Bresson en 1995.

Ce serait peut-être une erreur de croire qu’il n’y aurait qu’un seul bon moment, c’est-à-dire lorsque tout est construit géométriquement. Une annotation manuscrite de l’artiste révèlerait que finalement le temps coule et rendrait moins palpable la définition première.

Si le Leica était pour lui « son carnet de dessins » ou « un miroir de la mémoire », nous ne trouvons nulle trace d’un formel enregistrement ! Et la définition de Walter Evans semble répondre ici à l’interrogation. Il suffirait d’être un bon passeur, une sorte de medium qui ferait parler la poésie depuis l’appareil.

La surface lisse de ce miroir moderne n’est-il pas ce qui sauve de la perte fatale, un éclat de souvenir ?

Avant de découvrir Du miroir au selfie, je vous invite à lire Le mythe de l’instant décisif ou révélation (2009) dans Revoir Henri Cartier-Bresson, Éditions Textuel.

Einstein avait raison, en son temps…

 » Si je commençais à me soucier de mon aspect, je ne serai plus moi-même « , écrivait Albert Einstein dans une lettre datée de décembre 1913. Avec le selfie, cette affirmation n’est peut-être plus aussi vraie.

« L’adhésion de l’autre ne se remporte plus dans les rubans et les dentelles pour donner la meilleure image de soi. Le miroir social, miroir de vanité devient avec le selfie, miroir existentiel. La civilité, l’esthétique et le paraître encore d’usage dans le plaisir à contrôler son image laisse la place à la spontanéité, l’authenticité et l’auto dérision. Aujourd’hui le désir de se montrer soi, s’est démultiplié grâce aux nouvelles technologies de manière exponentielle. »

Le rapport aux autres et au monde a changé. La photographie et aujourd’hui, les nouvelles technologies y sont sans doute pour quelque chose. Comme le miroir en son temps.

Voilà de quoi ouvrir le débat… nous attendons vos commentaires.

L’image, pour véhiculer le mystère…

Il y a trois périodes clefs dans l’histoire moderne de la vision :

  • l’invention de la perspective,
  • la révolution industrielle avec l’apparition du daguerréotype
  • la révolution numérique.

Toutes trois placent l’homme au cœur du dispositif.

Déjà, avant 1500, Marsil Ficin déclarait :

« Les œuvres d’art qui se rapportent à la vue et à l’ouïe, proclament l’esprit de l’artiste. Nous pouvons y voir (…) l’image de son esprit qui s’exprime comme dans un miroir ! »

Le XVIe siècle nous montre mieux que jamais, l’exactitude dans l’image au miroir cristallin mais révèle aussi, imperceptiblement, de nouvelles règles de mobilité et de multiplicité qui troublent ce regard et l’ouvrent désormais à un univers infini.

La psychanalyse du XXe siècle nous apprend qu’au fond de notre moi « un fantasme parasite empiète continuellement sur la perception de notre réalité » et ceci est dû à notre propre histoire. Il agit à la manière d’un voile déformant. Je perçois, j’aime, je vis avec mes fantasmes et attends que l’autre s’y ajuste ! Notre perception et ici, notre vision, traversent en permanence toutes ces strates fantasmatiques qui m’habitent et que j’ignore, bien souvent

Aujourd’hui, nous pensons avec la psychanalyse que l’image n’est pas seulement le double d’un objet réel, mais aussi « un élément signifiant qui transforme le réel ». Alors, la puissances de ces images tant inconscientes que spéculaires affectent notre regard, nos désirs, nos comportements..
Les artistes de la Renaissance en eurent la conviction comparant à un œil, le miroir comme lieu de passage et de coïncidence du point de vue et du point de fuite, afin d’y voir une ouverture dans cette image, désormais rendue vivante.

Ne vous fiez, donc pas aux apparences, toute image est double et véhicule le mystère et l’énigme. Le daguerréotype, trop souvent réduit au statut d’emblème de l’exactitude photographique, porte aussi en lui la double contradiction du miroir son maître et reste encore aujourd’hui un objet paradoxal!

LE SAVIEZ-VOUS?

Pour Freud et Lacan, la surface lisse de l’image est le meilleur moyen de transport pour véhiculer la libido et l’image a, elle-même, besoin de celle-ci pour exister.